Genre, sexualité et harcèlement sexuel

Les analyses sociologiques du harcèlement sexuel montrent que dans ce phénomène se jouent un rapport de pouvoir et une pression répétée, au sein d’un espace clos ou public. C’est d’ailleurs pour cette raison que la lutte pour sanctionner le « harcèlement sexuel » doit mettre en avant ces deux caractéristiques. Pour la sociologue Laetitia Franquet, il s’agit bien de « l’exercice d’un pouvoir, celui d’obliger une femme à entrer en relation ».  Le harcèlement sexuel constitue donc une des manifestations et conséquences de la « domination masculine ». Et, s’il perdure aujourd’hui, certains sociologues n’hésitent pas à tenir la société pour responsable. En effet, « quasiment entré dans les mœurs » le harcèlement sexuel passe inaperçu, parfois même du harceleur lui-même. L’on fait face à une situation de « déni collectif » qui s’est imposé, y compris du côté des femmes victimes ou non. Ceci s’explique par le fait que dans nos sociétés béninoises, nous avons une certaine conception de la différence des sexes selon laquelle « les hommes seraient par nature violents et les femmes vouées à être dominées » (Bard 2016)[1]. Cette norme de « domination sexiste » est intériorisée à travers l’éducation par tous et surtout par les femmes, premières victimes du harcèlement sexuel. Ces dernières procèdent donc à une normalisation et à une routinisation de cette forme de violence (Menjı´var et Abrego 2012)[2] ; c’est-à-dire qu’elles « se font à l’idée que le sexisme fait partie de leur vie, que c’est une éventualité quotidienne » affirme le sociologue Arnaud Alessandrin. Ainsi, l’on observe très souvent des attitudes fatalistes, des attitudes de banalisation ou de « peur de porter plainte » parce que les victimes « ne veulent pas être exclues de la norme sociale » (Alessandrin et al. 2016)[3].

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